|
Au milieu des années 90 apparaît un groupe
d’ados australiens se faisant appeler Silverchair. Âgés
de tout juste 16 ans, ils délivrent un rock rageur et sans
concession qui les hisse dans leur pays au même niveau qu’un Rage
Against The Machine et aux meilleures places dans les charts un peu
partout ailleurs. En à peine deux albums, Frogstomp et Freak
Show, ils deviennent incontestablement un des groupes leaders
d’une scène penchant pour un rock poisseux, sombre et révolté,
tout droit hérité de Kurt Cobain.
Surprise en 1999 : Neon Ballroom, leur 3ème
création, amorce un virage plus mélodique dans le style du groupe.
Silverchair commence à se poser un peu et le talent de
compositeur de Daniel Johns, chanteur et leader du groupe, éclate
à la face du public. Les textes restent cependant toujours aussi
sombres et révoltés, et tout en composant un hymne pour l’an
2000 en forme de requiem et/ou de révolution annoncée, Johns évoque
ses problèmes personnels avec l’anorexie, maladie dont il
n’arrive pas à se débarrasser et qui le fait ressembler
physiquement de plus en plus à un cadavre.
2002 : tirant les leçons du succès d’estime
rencontré par le titre Emotion Sickness, long morceau
lyrique et mélodique de 6 minutes où se mélangeaient aux
instruments du groupe des cordes et un piano virevoltant (celui de
David Helfgott), Diorama s’annonce comme un ovni sur la scène
rock actuelle et risque d’en déconcerter plus d’un. Comme
l’explique Daniel Johns : « Au début de Silverchair, nous
étions des ados, tout ce que nous voulions c’était exprimer
notre colère, notre rage. Aujourd’hui nous avons mûri et tout ce
que nous recherchons, c’est faire de la musique ». Et quelle
musique !!! En décidant d’enregistrer avec un des plus grands
orchestres de Sydney, Silverchair renvoie dans les cordes
tous les groupes ayant tenté ce genre d’expérience par le passé
!
En effet, le travail d’orchestration fait sur
chaque morceau apparaît comme gigantesque et surtout d’une
justesse incroyable ! Les morceaux courts sont peu nombreux, chaque
titre prend plutôt le temps de se poser et dispose d’une vie
propre avec des changements réguliers de rythme, d’intensité et
d’ambiance. Daniel Johns fait de même avec sa voix,
parfois aiguë, parfois roque et cassée. Ainsi, à l’écoute de
titres comme Across the Night, Tuna in the Brine ou Too
Much of Not Enough, on peut se demander si on est encore en présence
d’un album rock ou bien plutôt d’une nouvelle composition
classique.
Par ailleurs, les titres composés par Daniel
Johns sont beaucoup plus calmes que par le passé, à
l’exception peut-être de One Way Mule ou surtout The
Lever, et le piano devient un instrument omniprésent.
L’ambiance qui se dégage de l’album est globalement pleine
d’ondes positives, et même si certains textes sont encore assez
sombres, on sent bien que Johns entraperçoit chaque fois la lumière
au bout du tunnel.
A n’en pas douter Silverchair est en
train de s’imposer comme l’un des groupes majeurs de la scène
internationale. Désormais considérés comme des dieux vivants en
Australie, ils ont tout pour entrer de plein pied dans la légende
de la musique dans un très proche avenir. Pour le moment, Diorama
s’apprête en tout cas à devenir un album référence dont on
parlera longtemps pour son inventivité et la capacité créative
dont fait ici preuve le groupe. |